Entretien d'Olympe et Cyprien, étudiants en Bac+5 à l'ISSEP

Entretien d’Olympe et Cyprien avec Présent

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PRÉSENTJeudi 12 septembre 2019
Entretien avec Olympe et Cyprien

“Nous sommes le 3 novembre 1812…”


Olympe et Cyprien, étudiants de l’ISSEP, sont devenus archéologues stagiaires cet été en Russie. A Viazma, près de Smolensk, ils ont participé aux fouilles d’un charnier de soldats du 106e régiment du maréchal Ney tombé lors de la retraite de Russie.

Propos recueillis par Paul Vermeulen – paul-vermeulen@present.fr


— Dans quel cadre êtes-vous partis sur ce chantier de fouilles ?
— Dès le mois de mai, l’ISSEP avait relayé l’information : trois étudiants auraient peut-être la chance de participer à l’incroyable projet proposé par Pierre Malinowski. Cela s’est confirmé à la fin du mois de juin, nous allions pouvoir partir deux semaines en Russie déterrer des corps de grognards et participer ainsi aux fouilles organisées par la Fondation pour le Développement des Initiatives Historiques Franco-Russes. Certes nous ne sommes pas étudiants archéologues, et pourtant nous sommes partis, enthou­siastes et curieux, flanqués du titre de « stagiaires », afin d’être initiés à l’ar­chéologie !

— Pouvez-vous nous expliquer sur quoi portaient précisément ces fouilles ?
— Nous étions à Viazma, une petite ville russe dont la campagne alentour a re­cueilli les corps de près de 4 000 de nos grognards tombés lors de la retraite de Russie. Ces hommes du général Davout formaient l’arrière-garde de la colonne napoléonienne, s’étendant sur 100 km, en direction de Smolensk. Nous sommes le 3 novembre 1812, et nos soldats, sur­pris par les cosaques de Miloradovitch, tombent en masse. Ils sont enterrés pré­cipitamment avec leurs chevaux dans de nombreux charniers. C’est l’un d’eux que nous avons fouillé, retrouvant pêle-mêle, et par dizaines, les corps enchevê­trés de ces Français et de leurs montures. Les archéologues estiment que cette fosse contiendrait entre 50 et 70 corps.

— Quelles découvertes ont-été faites ?
— Après la découverte du corps du géné­ral Gudin, dans le fort de Smolensk, on pourrait dire que nos « petites décou­vertes » font pâle figure et pourtant… Le nombre de squelettes retrouvés dans un état de conservation remarquable, les multiples artefacts, allant de la balle de fusil aux pièces de monnaies napoléo­niennes, en passant par des boutons d’uniforme qui permirent par ailleurs d’établir l’appartenance de ces hommes au 106e régiment du maréchal Ney alors sous les ordres du général Davout, sont d’une valeur incontestable.

— Comment se déroulait ce chantier de fouilles, très concrètement, au quoti­dien ?
— Pour donner une vague idée de ce qu’est un chantier de fouille, il faut se re­présenter un terrain vague sur lequel se superposent : un ca­binet d’architecte, avec les mesures topographiques et le quadrillage de la zone, un bagne, car pour creuser à plu­sieurs mètres de profondeur sur une surface de 100 m², il faut une bonne dose d’huile de coude, et une morgue, car il est nécessaire après avoir délicatement dégagé les ossements de les nettoyer et de les étiqueter par lots. Beaucoup de travail donc, à effectuer en environ huit à neuf heures, six jours sur sept. En somme, pas le temps de chô­mer !

— Comment s’est passé le travail entre Français et Russes ?
— « A Rome, fait comme les Romains » pourrait résumer la collaboration entre les deux équipes puisqu’une partie de l’équipe française avait en réalité déjà travaillé avec l’équipe russe sur les fouilles de Valoutina et de Smolensk. Les relations ont donc été très cordiales voire fraternelles ce qui a permis de s’ac­corder, malgré les naturelles différences de méthodes entre archéologues russes et français.

— Sur le plan de l’expérience humaine vécue, sans craindre de nous dire vos sentiments personnels, que retirez-vous de cette expérience ?
— C’est évidemment très symbolique et émouvant pour des Français de retrouver les restes d’hommes qui se sont battus pour la grandeur et la souveraineté de leur pays, à des milliers de kilomètres de chez eux. Pendant deux semaines nous avons été hors du temps, plongés dans l’histoire de France, participant à retrou­ver la mémoire de ces soldats oubliés. L’expérience était d’autant plus incroya­ble que nous avons creusé dans ce char­nier côte-à-côte Français et Russes ! Comment décrire… ? Peut-être en vous rapportant cette anecdote assez irréelle : sur le fameux champ de bataille de Boro­dino, au milieu de cosaques en costume d’époque, nous avons porté un toast, de vodka bien sûr, à nos morts, et chanté dans la langue de Molière : « Malbrough s’en va-t-en guerre » … Au moment de nous quitter, un vieux Russe nous a con­fié cette phrase qui résume tout : « Oui, Napoléon était notre ennemi, mais c’était un génie ! ».[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_gallery interval=”3″ images=”707171,707172″ img_size=”large”][/vc_column][/vc_row]

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