Grand entretien Eric Viaud

Grand entretien | Eric Viaud

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Comment définiriez-vous « Maires pour le Bien Commun » ? Dans quel contexte l’association a-t-elle été créée ?

« Maires pour le Bien Commun » est un collectif d’élus locaux, maires ou élus municipaux, fondé pour travailler à une restauration, à l’échelle communale, de la civilisation française.
MBC a été fondé à la suite d’un double constat :
– Le mondialisme promu par nos élites nationales politiques, économiques et médiatiques est contraire au bien commun de notre pays. Il produit progressivement un triple désastre : économique, politique et social.

– La politique nationale est verrouillée par ces élites mondialistes : la centralisation grandissante et l’idéologie ultra-libérale détruisent peu à peu les corps sociaux qui protègent les Français par une solidarité concrète (familles, communes, petites entreprises). Les Français se retrouvent seuls face à un État tout puissant, enclin à un totalitarisme insidieux : une sorte de « police de la pensée » contrôle les informations considérées comme vraies ou fausses (« fake news »). Le simple bon sens est cloué au pilori lorsqu’il demande des limites à l’ouverture économique de nos frontières, aux délocalisations d’entreprises, à l’immigration, au pouvoir exorbitant de syndicats politisés et financés par le contribuable, etc.

Face à ce constat, la seule réponse actuellement possible nous semble être l’action politique locale :
– Il y reste des hommes libres, non inféodés aux appareils des partis politiques du « système » national,

– Elle peut encore produire des résultats concrets, dans les marges de manœuvre que la centralisation croissante lui laisse : implantation d’entreprises en zone rurale, rejet de l’accueil universel de camps de clandestins, soutien aux écoles privées, aux petites entreprises, aux agriculteurs, préservation du patrimoine local, etc.

 

Avez-vous des ambitions pour l’association au niveau national ?

Notre ambition est d’abord à l’échelle de la commune, en raison du verrouillage de la politique nationale. Cependant nous sommes conscients que la politique locale ne suffira pas à la restauration du bien commun français.

Nous pensons qu’il faut préparer cette restauration par un travail de reconquête intellectuelle et morale. Nous voulons d’abord rappeler les fondements de notre civilisation, pourquoi elle mérite d’être défendue. Nous espérons ainsi contribuer à réveiller les intelligences.
Le premier combat est de rétablir la vérité face à la « pensée unique ». La vérité a le pouvoir d’éclairer les intelligences encore droites. D’où un travail d’argumentation qui est publié peu à peu, selon les besoins de l’actualité. Nous avons publié quelques études sur la loi naturelle, la laïcité, la réforme territoriale qui étouffe les communes. D’autres sont progressivement mises à disposition sur notre site www.mairespourlebiencommun.fr/

 

Comment définissez-vous le « bien commun » ?

La définition en est difficile, car il y a autant de biens communs qu’il y a de communautés ! Or il y a de nombreuses communautés humaines, car l’homme est un « animal social », comme dit Aristote. Membre de sociétés naturelles comme la famille et la cité politique, il s’agrège en outre naturellement à diverses sociétés d’entraide pour ses besoins, d’amitié pour ses loisirs, de partage où il échange toutes sortes de biens (culturels, artistiques, économiques).

Ici il s’agit de définir le bien commun politique, le plus élevé de tous les biens temporels humains, car il conditionne tous les autres. C’est le but ultime de la société politique.

On pourrait définir le bien commun politique comme un ordre où tous s’entraident pour la recherche d’un bonheur pleinement humain (connaissance de la vérité, soutien des indigents, développement de la culture), ordre entraînant la justice, la concorde, la paix et la prospérité de la cité.

 

Quel est le rôle du maire sur l’échiquier politique ? Peut-on le considérer comme un trait d’union, un médiateur entre le peuple et les dirigeants ?

Le maire est beaucoup plus qu’un simple médiateur entre le peuple et les dirigeants. Il est lui-même un véritable dirigeant, et actuellement le plus légitime d’entre eux. Les citoyens attendent de leurs dirigeants des actes concrets qui permettent à la vie de s’épanouir dans toutes ses dimensions : économique, politique et culturelle entre autres.

Cette vie locale est étouffée par une batterie de lois qui enserrent les entreprises dans un carcan fiscal et social, qui entravent les projets et investissements des entrepreneurs. La centralisation confisque de plus en plus de pouvoirs locaux : la réforme territoriale en cours impose aux communes de disparaître dans d’immenses intercommunalités dont la direction est récupérée par des technocrates anonymes ou des politiciens membres des partis politiques du « système ».

Les maires sont les acteurs de terrain les plus plébiscités par les Français, les seuls qui résistent à l’érosion de confiance affectant les hommes politiques. Ce sont les seuls acteurs politiques qui ont une proximité concrète avec les électeurs : ceux-ci connaissent souvent leur maire, le croisent régulièrement au détour d’une rue. Ils savent à qui s’adresser en cas de besoin.

 

Comment se situe MBC politiquement ?

MBC rejette les étiquettes artificiellement imposées (droite, gauche, centre, extrême) qui servent à cataloguer les gens et empêchent les citoyens de réfléchir.

Nous ne prétendons pas rejeter les étiquettes et le « système » pour mieux récupérer les gens de tous bords, comme le fait « La République en marche ». Il n’y a pas de définition politique plus creuse que « en marche », car on ne sait pas vers quoi on marche. Or la politique est tout entière commandée par son but, qui est précisément le bien commun : sans but, on ne va nulle part, on ne construit rien, on ne peut que détruire la civilisation existante ! Et c’est bien ce qui se passe actuellement.

Notre position politique est donc définie par le service du bien commun et un réalisme fondé sur le principe de subsidiarité et l’action locale et concrète.

 

Selon vous, quelle importance occupent les élections municipales en cours dans les préoccupations des Français ?
Comment avez-vous préparé les élections au sein de l’association ?

Les Français considèrent les maires comme les élus les plus proches d’eux, le plus à l’écoute de leurs préoccupations, les plus efficaces dans la gestion : les sondages sont sans appel. Nous pensons donc que les Français s’intéressent davantage aux municipales qu’aux autres élections.
Nous avons proposé aux élus municipaux ou aux nouveaux candidats un soutien par des conférences de formation politique au service du bien commun, des études sur des thèmes d’actualité, le conseil d’élus expérimentés. Nous proposons aux nouveaux élus qui le souhaitent le parrainage d’un élu local chevronné.

 

Selon vous, que dit le recul du bien commun sur notre époque ?

Ce recul du bien commun nous inspire trois réflexions :
– Il est le fruit d’un individualisme exacerbé qui favorise l’égoïsme, et par conséquent l’isolement et le malheur des citoyens.

– De fait, la conséquence de ce recul est que le bonheur personnel est entravé. Le bien de chaque membre de la société est conditionné par le bien de la société politique tout entière. Par exemple de nombreux maires nous disent qu’ils sont incapables de faire régner l’ordre et la sécurité dans leur commune, faute d’appui des autorités supérieures, notamment du préfet.

– Mais ce recul n’est pas irréversible ! Les élites nationales qui détruisent le bien commun (consciemment ou non) peuvent être contrecarrées si les sociétés intermédiaires prennent conscience que ces élites nationales travaillent pour le mondialisme et pour des intérêts privés. La première étape nécessaire est cette prise de conscience.

 

Quels sont les enjeux des transferts de compétences entre le niveau local, départemental, régional ? Ces changements dans les fonctions du maire sont-ils des opportunités ou des dangers pour la politique locale ?

Les transferts de compétence entre les différents niveaux de collectivités sont un danger politique. Ces transferts réduisent l’influence des maires et l’indépendance qui les caractérisait par rapport aux partis politiques.

“75% des maires répondants jugent que la loi NOTRe a eu des effets négatifs ou très négatifs. L’enquête met en évidence le sentiment de « dépossession » des maires face à une intercommunalité au poids grandissant. Le risque est de retirer à la commune toute politique publique fondamentale.”

La loi NOTRe du 7 août 2015 a vidé le rôle du maire de sa substance en transférant les compétences les plus stratégiques au niveau supérieur de l’intercommunalité. Noyées dans des intercommunalités de plus en plus géantes, les communes ont de moins en moins d’influence sur les décisions et dépendent de plus en plus des échelons supérieurs. Le risque induit est l’uniformisation de l’action publique : une gestion purement administrative ne prendra plus en compte les particularités de chaque commune.

Une enquête du CEVIPOF de novembre 20181 , réalisée en coopération avec l’Association des maires de France (AMF)2 confirme ce constat : 75% des maires répondants jugent que la loi NOTRe a eu des effets négatifs ou très négatifs. L’enquête met en évidence le sentiment de « dépossession » des maires face à une intercommunalité au poids grandissant. Le risque est de retirer à la commune toute politique publique fondamentale.

La loi Engagement et proximité du 27 décembre 2019 maintient les communes dans la même dépendance face aux intercommunalités. Les communes ont la possibilité de récupérer certaines compétences transférées à l’intercommunalité, mais il s’agit de compétences accessoires, non stratégiques.

Les maires sont opposés à un système plaqué d’en haut, en contradiction avec les besoins et la réalité du terrain, et surtout en méconnaissance totale du principe de subsidiarité, pourtant inscrit dans la Constitution (article 72 alinéa 2 : « Les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon »).

Les maires veulent repasser d’une intercommunalité forcée à une intercommunalité choisie. Ils souhaitent retrouver leur liberté et pouvoir de s’associer aux autres communes suivant le mode qui leur paraît le plus opportun (syndicat de communes ou établissement de coopération intercommunale – EPCI), en choisissant eux-mêmes les compétences à mutualiser.

 


1Enquête 2018, Les Maires de France : entre résignation et incertitude, nov. 2018, disponible au lien suivant :
https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/cevipof%281%29.pdf
2Communiqué de l’AMF :
http://www.maire-info.com/organisation-gestion-communale/elus-locaux/un-fort-sentiment-de-perte-d-autonomie-chez-les-maires-selon-le-cevipof-article-22423

 

Par Cécile,
étudiante en Bac+4 à l’ISSEP

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